Living Art

Par Florent Aziosmanoff

Base théorique

Living Art Lab

Le terme de living art s’applique à des œuvres numériques dotées de comportements autonomes animés par l’intelligence artificielle, capables d’entretenir une relation sensible avec leur spectateur.

Le comportement de l’œuvre de living art active le comportement du spectateur au travers de la relation qu’elle établit avec lui. C’est ainsi que le comportement du spectateur, dans le contexte proposé par l’œuvre, manifeste alors les enjeux de discours de l’auteur.

Nous pouvons considérer que toute œuvre d’art a le potentiel d’agir, pour une partie, sur le comportement de son spectateur. Mais dans le cas d’une œuvre de living art, il s’agit de son principal vecteur de communication. Dans la mesure où le comportement d’une telle œuvre peut évoluer en permanence et en temps réel, en connaissance des évolutions du comportement du spectateur, il lui est possible de faire évoluer son énonciation pour que les enjeux de discours se manifestent pour lui de la manière la plus opportune à chaque instant.

Trois moteurs

L’œuvre de living art est concrètement et fonctionnellement structurée dans un ensemble de trois « moteurs » : les moteurs d’expression, de comportement, de perception. Ces trois moteurs agissent à la fois indépendamment et en relation les uns avec les autres, de façon à produire une expression intégrée de l’œuvre.

Le moteur d’expression

Le moteur d’expression réunit toutes les expressions concrètes de l’œuvre, qu’il s’agisse d’images fixes ou animées, de sons, de machinerie, de texte, etc. Il réalise l’énonciation, associant des éléments qui peuvent être préparés à l’avance ou générés en temps réel, ou encore mixant les deux modes.

Le moteur d’expression gère la mise en œuvre de ces formes d’expression, ainsi que les règles d’énonciation qui leur sont attachées.

Le moteur de comportement

Le moteur de comportement est le siège principal du comportement de l’œuvre. Il intègre toutes les règles de décision qui vont prescrire qu’une énonciation ou une autre soit réalisée par le moteur d’expression.

L’œuvre de living art agit ainsi non pas principalement ou littéralement en fonction des actions de ses spectateurs, mais selon ses propres déterminants, tels que l’auteur les aura diligentés. Ce sont ces mécanismes de décision qui confèrent à l’œuvre de living art une capacité de prise d’initiative.

Le moteur de perception

Le moteur de perception gère tous les organes de captation du dispositif, pour en collecter, analyser et interpréter les données. Les capteurs mis en œuvres délivrent ainsi leurs données brutes, qui peuvent être utilisées directement, mais qui font principalement l’objet d’une interprétation symbolique.

Un fonctionnement en co-opération

Les trois moteurs ont une capacité de fonctionnement indépendant les uns des autres. Ils peuvent ainsi conjoncturellement déterminer seuls l’énonciation de l’œuvre. Mais ils sont principalement engagés dans un dialogue arbitré par le moteur de comportement.

L’essentiel de l’énonciation de l’œuvre se fait par ses décisions spontanées. Et elle tient compte « à sa manière » de ce qu’elle perçoit du spectateur ou de l’environnement.

La cohérence globale de l’œuvre est donc la résultante d’une harmonisation de l’ensemble de ces mécanismes et de leurs résonnances les uns dans les autres. La complexité du fonctionnement de ce type de dispositif lui apporte une grande plasticité comportementale. Il peut ainsi atteindre un niveau de subtilité qui lui permet d’être un interlocuteur crédible pour une relation sensible avec le spectateur.